Oups, avec un jour de retard...

OS, Chapitre 2

2.

Les murmures de la forêt l’enveloppèrent aussitôt. Il arrivait enfin chez lui, dans ce monde qu’il n’avait jamais réussi, malgré ses efforts, à partager avec les êtres de sa race. Ici, tout bougeait, tout se racontait, riait, jouait, blaguait. Dans la forêt, il retrouvait son univers, son terrain de jeu, ses vrais copains. Des centaines de copains à pattes, à plumes et à feuilles, à racines, à fleurs, à fourrure. Ils galopaient sous le tapis de feuilles mortes, volaient, bondissaient d’une branche à l’autre. Dans la forêt, la vie s’éclatait de joie. Passé la frontière du domestiqué, Geoffroy retrouvait son sourire. Un sourire que sa famille ne lui avait jamais vu. Enfin chez lui, les soucis du petit homme de sept ans disparaissaient comme s’ils n’avaient jamais existé. Il reprenait possession de ses pensées, de son âme, de ses sens. Le vrai bonheur, celui qu’on ne peut nommer.

En silence, il salua les habitants du royaume, majestueux et lilliputiens, végétaux, minéraux, à sang chaud ou froid et s’excusa du même souffle d’avoir à se presser. Il était en mission. Il devait trouver refuge pour un petit frère plus fragile.

Un pin majestueux, dont les branches les plus basses faisaient courbe gracieuse pour embrasser la terre avant de s’étirer vers la lumière, lui fit signe. L’espace entre le tronc et les branches était suffisant et constituait un excellent abri. Avant d’aller chercher Jeannot, il jeta un regard entre les ramures pour s’assurer qu’ils pourraient s’y glisser. Une forme blanche se découpait sur le tapis d’aiguilles séchées; curieux comme toujours, il rampa vers elle.

Ce qu’il découvrit l’emplit de stupéfaction. Au point qu’il mit un certain temps à bien comprendre ce qu’il avait devant les yeux.

Il y avait un crâne. Humain. À côté du crâne, des ossements. Geoffroy n’aurait pu dire si les os longs renflés aux extrémités, dépouillés de leur pelure, avaient été des bras ou des jambes. Ce n‘était pas ceux d’un enfant en tout cas. Trop longs.

Pour la première fois de sa vie, il fut impressionné au-delà de tout. Paralysé par la peur, il n’osait pas s’approcher. Pas plus qu’il ne pouvait détacher son regard de sa trouvaille.

De la rive il entendit Jeannot l’appeler.

— Il y a une chaloupe qui s’en vient vers ici! Je pense que c’est ton père!

Geoffroy fit demi-tour et descendit prestement vers le lac non sans jeter un dernier coup d’œil vers le pin, afin de pouvoir le repérer si jamais…

Le spectacle qu’il aperçut arrivé sur place allait le marquer à jamais. Une chaloupe se dirigeait vers eux comme lui avait crié Jeannot. Mais ce qu’il n’avait pas dit, c’est qu’elle était talonnée par un épais rideau de pluie. Un voile anthracite, opaque, strié d’éclairs. Au-dessus des garçons cependant, le soleil n’avait pas cessé de briller. Pour une raison mystérieuse, lorsque l’embarcation piqua vers eux la pluie changea de cap et s’en fut vers le large donner libre cours à sa colère.

Contre toute attente et pour le plus grand soulagement de Geoffroy, son père se contenta pour toute remontrance de lui jeter son regard le plus mauvais. À vrai dire, en trouvant son fils bel et bien en vie, le papa avait fait appel à toute sa volonté pour ne pas l’embrasser en pleurant de joie.

 

Le garçon ne fit part de sa découverte à personne et mit bien du temps à s’endormir ce soir-là.