Un scandale? C'est quoi cette histoire?

Scandale dans l’église du Gesù, Montréal, 1997.

C’est quoi cette histoire?

Automne 1996, sur la recommandation d’amis, je vais rencontrer Daniel LeBlond, à l’époque directeur artistique du centre de créativité du Gesù.

Il apprécie mon dossier au point qu’il me dit :

- Je vous attendais.

Une artiste peintre attendue autrement qu’un chien dans un jeu de quilles par un directeur de galerie? Exceptionnel. C’est un bon début.

Il me fait faire le tour des salles d’exposition et me fait ensuite monter dans l’église. LeBlond caresse un projet depuis quelque temps et il se dit que c’est le temps de le concrétiser :

- Que diriez-vous d’exposer ici? me demande-t-il.

Surprise, j’ai d’abord une petite gêne:

- Les tableaux que je peins présentement sont plutôt grands, 72 pouces x 48, et… ce sont des femmes nues. Dans une église catholique, est-ce que ça ne va pas un peu bousculer les gens?

- L’église catholique est plus avancée que vous croyez, avance-t-il avec assurance. (On se vouvoyait au début, Daniel et moi.)

J’accepte donc sa proposition avec joie puisque la rebelle que je suis ADORE exposer dans des lieux insolites. Pendant un an je poursuis ma série avec enthousiasme et anxiété, dans la certitude et le doute.

Octobre 1997. Vendredi matin, veille du vernissage. On est en train d’installer les tableaux dans l’église. Une paroissienne m’accroche. Elle est scandalisée :

- C’est quoi ces images? C’est le Diable!

Voyant ma réaction, elle s’adoucit :

- C’est vous l’artiste? Désolée, je ne savais pas. Moi j’aime les belles images, vous comprenez? J’ai un beau tableau de chatons dans mon salon, ils sont mignons, si vous saviez. Mais je ne connais pas tellement l’art, continue-t-elle comme pour me consoler.

Sur la route, letableau qui a mis la pauvre dame sens dessus-dessous, ne me satisfait pas; il y a quelque chose qui cloche. Les couleurs, la perspective, l’image, je ne sais trop… Je décide donc de le ramener à l’atelier pour peindre par-dessus. Je ramène la nouvelle version la semaine suivante.

Toutefois, la réaction de la vieille dame n’est qu’un amuse-bouche. Pendant un mois, quasi quotidiennement, je serai harcelée par les médias, journaux, télé, radio.

- C’est l’envers de Dieu, s’exclame un paroissien ulcéré en page 3 de l’actualité la Presse.

Dans le cahier des arts par contre, rien. Silence total.

Pour leur part, les Jésuites reçoivent des appels de plainte, des menaces aussi. Un des tableaux se fait endommager : un inconnu a gravé un X sur le sexe de la femme.

Quel tableau? Sur la route, deuxième version, celui-là qu’on verra dans les journaux et à la télévision pendant un mois.

Au fait, quel était le titre de cette série?

La Guerrière!